L’exposition « Anticorps» fait partie du programme A Paris Pendant la (semaine de la) FIAC à découvrir dans les galeries et les institutions parisiennes du 19 au 25 octobre. 

Avec : A.K. Burns, Xinyi Cheng, Kate Cooper, Pauline Curnier Jardin, Kevin Desbouis, Forensic Architecture, Lola Gonzàlez, Emily Jones, Florence Jung, Özgür Kar, Len Lye, Nile Koetting, Tarek Lakhrissi, Carolyn Lazard, Tala Madani, Josèfa Ntjam, Dominique Petitgand, Ghita Skali, Koki Tanaka, Achraf Touloub

Le confinement ainsi que la distanciation physique et sociale, adoptées à l’échelle mondiale, nous font reconsidérer l’hermétisme de nos corps. Avions-nous oublié à quel point nous étions poreux-ses ?

L’exposition Anticorps, conçue par l’équipe curatoriale du Palais de Tokyo, propose de donner la parole à la scène artistique française et internationale autour d’artistes qui, avec des œuvres récentes et nouvelles, prennent le pouls de notre capacité à faire corps ensemble et à repenser notre façon d’habiter le monde.

La vulnérabilité de nos enveloppes corporelles fait surgir autour de nos foyers, de nos cercles sociaux, de nos pays, encore davantage de frontières, de barrières, hérissées d’inquiétudes et de suspicions. Cette situation accroît les inégalités déjà présentes, les privilèges de classe, les différences d’exposition aux risques. Mais dans cet écartement forcé entre public et privé, nous réalisons finalement que tout nous touche de manière plus exacerbée et nous incite à redéfinir nos liens.

« Pourquoi nos corps devraient-ils s’arrêter à la frontière de la peau ? », demandait la philosophe Donna Haraway*. Anticorps s’offre comme une exposition épidermique, qui tente de penser à travers les peaux, en s’attachant à développer plusieurs registres de l’affectivité. La mise à distance imposée provoque en effet une volonté renouvelée de contact.

Les vingt artistes réuni·es au sein d’Anticorps font état de caresses, de murmures, de souffles et de menaces qui questionnent nos réactions, nos transactions émotionnelles, nos rapports sociaux. L’exposition aborde la crise sanitaire actuelle comme un terrain commun à partir duquel des œuvres, ainsi que les relations tissées entre elles, permettent de questionner la distance et le toucher, deux termes intrinsèquement politiques et poétiques.

La polysémie du titre de l’exposition est manifeste : il s’agit à la fois d’accepter les nouvelles normes imposées de l’être-ensemble (distance) tout en ouvrant la perspective d’un autre érotisme social (toucher). Anticorps invite à parcourir le Palais de Tokyo à la fois comme un foyer et comme un réseau mouvant, composé de quatre sections.

La première partie de l’exposition questionne les modalités d’accueil de l’institution, en esquissant dès le début une humeur, une atmosphère, celle d’une menace latente et d’un désir d’y réagir.

Les œuvres réunies dans la deuxième partie de l’exposition sont autant de fragments de fables guerrières dans lesquelles des corps confinés se préparent à faire face à une menace extérieure, tandis que d’autres proposent de se défendre contre certaines formes de domination, avec des armes suggérées, ou théâtralisées.

Que signifie faire communauté ? Quels liens nous unissent ? Naviguant entre les notions d’intérieur et d’extérieur, le dialogue qu’initient d’autres œuvres de l’exposition permet d’interroger les rapports réversibles entre l’intimité de la sphère domestique et les enjeux de la sphère publique, tout en invitant à repenser la rencontre et la proximité de nos corps ainsi que leur relation avec ce qui les entoure.

Se jouant de la porosité des interfaces, les œuvres réunies dans la quatrième section de l’exposition font état de dualités repoussant les frontières des espaces qu’elles investissent. Oscillant entre les registres du visible et de l’invisible, du danger et de la sécurité, elles transgressent les délimitations identitaires, géographiques, sociales et politiques qui traversent les corps.

*Donna Haraway, Manifeste cyborg, Paris, Exils, 2007
Informations pratiques

Anticorps
Palais de Tokyo
Du 23 octobre jusqu’au 3 janvier 2021
Journée d’ouverture gratuite le 23 octobre de 10h à 19h
Tous les jours sauf le mardi, 10h-19h
https://www.palaisdetokyo.com/

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