Voici dix œuvres que j’ai choisies pour FIAC Online Viewing Rooms et que je veux partager avec vous. Elles parlent des notions de soi, de biographies ou d’histoires personnelles passées et présentes, ou de sites anciens et imaginés.

Les corps aux couleurs radieuses qui remplissent les toiles de Cecilia Granara sont souvent mêlés à d’autres corps ou à la nature. La galerie parisienne Exo Exo, qui est gérée par des artistes, a présenté son tableau Feeling is Seeing Otherwise (2020). C’est une sorte de tableau méditatif où des bras flottants caressent deux têtes opposées sur un fond tournoyant de verts et de jaunes délicatement délavés.

Les tableaux de Maryam Hoseini sont présentés dans les online viewing rooms de Deborah Schamoni et de Rachel Uffner. Les corps sans tête, démantelés et disposés en patchwork de With Her Hand on Her Shadow 3 (2019) apparaissent comme jetés de façon chaotique à travers l’espace architectural.

De leur côté, les délicates figures des dessins de Hardy Hill présentés par Neue Alte Brücke sont parfois à peine apparentes sur la surface du papier.

JTT à New York montre actuellement Riot II (2021) de Sable Elyse Smith, qui a transformé les sièges des parloirs de prison en une pièce géante d’un jeu de Jacks, une variante des osselets. Elyse Smith a détourné d’autres éléments d’ameublement carcéral, par exemple en pliant des tables pour former des arches, ce qui annule leur austère fonctionnalité.

Le dessin snake skin Column Notes (2021) de Baseera Khan, réalisé cette année, déconstruit son exposition de 2019 à la galerie Simone Subal. On peut le voir dans la Viewing Room de cette galerie. Le dessin montre tous les éléments qu’elle a utilisés pour habilleret obscurcir des colonnes verticales, comme celles que l’on trouve dans l’architecture classique, avec des tapis de prière pour créer les sculptures de son exposition. 
D’une autre façon, comme une forme de reconstruction, Hera Büyüktaşciyan fait un collage de morceaux de mosaïques de marbre sur des images d’églises en ruines à Istanbul pour la série photographique Icons for Hidden Stones de 2021, présentée par Green Art Gallery.
Heraki Border (2021) de Melike Kara, dans la Viewing Room de Jan Kaps, est pour sa part une abstraction huileuse de peinture rouge. On ne pourrait pas le trouver sur une carte mais Heraki pourrait bien être un lieu, ou du moins une allusion à la géographie moyen-orientale.

Soft Opening à Londres présente plusieurs pièces en pierre de Nevine Mahmoud. dum belle (2021) joue autant avec le langage qu’avec la forme – le marbre blanc sculpté est un croisement entre un corps tronqué et un sifflet de bouilloire.

Bel Ami présente plusieurs petits panneaux peints de Ben Sakoguchi qui reprennent le design orné des étiquettes vintage de caisses d’orange de Californie, qu’il marque avec des moments de l’histoire de l’art et de l’histoire tout court. Aces + Artists Brand (1997) par exemple couple des portraits miniatures du pilote et héros de guerre français Charles Nungesser avec l’alter ego de Marcel Duchamp Rrose Sélavy.

Enfin, chez Delmes & Zander, le Self Portrait (2020) de George Widener est un almanach complexe de dates, de chiffres, d’événements et de références à Blade Runner de Ridley Scott, dont la première phrase du fameux monologue de Roy Batty : « J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire ».

Saim Demircan

Saim Demircan

Saim Demircan est commissaire d’exposition et auteur. Il vit et travaille à New York et collabore en tant que commissaire d’exposition avec le Aspen Art Museum. En 2017, il était le curateur résident à Ludlow 38, l’espace du Goethe Institut situé dans Lower East Side à New York, où il a organisé un programme de 12 mois d’expositions et d’événements. Dans le cadre de ce programme, il a présenté pour la première fois aux Etats-Unis le travail de New Noveta et Sidsel Meineche Hansen, mais aussi des performances de Steit (Veit Laurent Kurz and Stefan Tcherepnin), keyon gaskin et The Rebel.

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