« J’aime regarder sans limite les empreintes de pinceau n°50 de Niele Toroni ».

Yvon Lambert

« Les Géorgiques » de Virgile

Eloge de la vie champêtre

Extrait :

« Heureux, trop heureux, s’il connaissait son bonheur, l’homme des champs, lui, à qui loin des discordes et des combats, la terre, justement libérale, prodigue les trésors de son sein. Sans doute, il n’a pas de riche palais aux portes superbes, qui vomit chaque matin de ses vastes appartements des flots de clients accourus pour le saluer ; sans doute, il ne se passionne pas pour des lambris magnifiques, bigarrés des plus belles écailles, pour des tapis tissés d’or et  pour l’airain de Corinthe ; ce n’est pas pour lui que la blanche laine se teint de pourpre, grâce aux drogues d’Assyrie, et que la cannelle altère la limpidité de l’huile ; non. Mais la sécurité, le repos, mais une vie innocente et pure, l’abondance de tous les biens de la terre ; mais les loisirs au sein des vastes campagnes : grottes, lacs d’eau vive, fraîches vallées et mugissements des bœufs, doux sommeil sous les arbres ne lui manquent pas ! Et puis bocages, forêts peuplées de bêtes sauvages, jeunesse laborieuse et sobre, et culte des dieux, et respect de la vieillesse ! C’est là que la Justice, en quittant la terre, a laissé la trace de ses derniers pas ».

 

« Voyage en Orient » de Gérard de Nerval

Extrait :

« Je l’ai vue ainsi, je l’ai vue : ma journée a commencé comme un chant d’Homère ! C’était vraiment l’Aurore aux doigts de rose qui m’ouvrait les portes de l’Orient ! Et ne parlons plus des aurores de nos pays, la déesse ne va pas si loin. Ce que nous autres barbares appelons l’aube ou le point du jour, n’est qu’un pâle reflet, terni par l’atmosphère impure de nos climats déshérités. Voyez déjà de cette ligne ardente qui s’élargit sur le cercle des eaux, partir des rayons roses épanouis en gerbe, et ravivant l’azur de l’air qui plus haut reste sombre encore. Ne dirait-on pas que le front d’une déesse et ses bras étendus soulèvent peu à peu le voile des nuits étincelant d’étoiles ? Elle vient, elle approche, elle glisse amoureusement sur les flots divins qui ont donné le jour à Cythérée… Mais que dis-je ? devant nous, là-bas, à l’horizon, cette côte vermeille, ces collines empourprées qui semblent des nuages, c’est l’île même de Vénus, c’est l’antique Cythère aux rochers de porphyre (…) »

Tout Guillaume Apollinaire

La Chanson du mal-aimé

à Paul Léautaud

Extrait :

Et je chantais cette romance
En 1903 sans savoir
Que mon amour à la semblance
Du beau Phénix s’il meurt un soir
Le matin voit sa renaissance.

Un soir de demi-brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu’il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte

Je suivis ce mauvais garçon
Qui sifflotait mains dans les poches
Nous semblions entre les maisons
Onde ouverte de la Mer Rouge
Lui les Hébreux moi Pharaon

Oue tombent ces vagues de briques
Si tu ne fus pas bien aimée
Je suis le souverain d’Égypte
Sa soeur-épouse son armée
Si tu n’es pas l’amour unique

Au tournant d’une rue brûlant
De tous les feux de ses façades
Plaies du brouillard sanguinolent
Où se lamentaient les façades
Une femme lui ressemblant

C’était son regard d’inhumaine
La cicatrice à son cou nu
Sortit saoule d’une taverne
Au moment où je reconnus
La fausseté de l’amour même

Lorsqu’il fut de retour enfin
Dans sa patrie le sage Ulysse
Son vieux chien de lui se souvint
Près d’un tapis de haute lisse
Sa femme attendait qu’il revînt

L’époux royal de Sacontale
Las de vaincre se réjouit
Quand il la retrouva plus pâle
D’attente et d’amour yeux pâlis
Caressant sa gazelle mâle

(…)

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

Tout Jean Genet

Le Condamné à mort

Extrait :

A la mémoire
de Maurice PILORGE
assassin de vingt ans

Le vent qui roule un cœur sur le pavé des cours,
Un ange qui sanglotte accroché dans un arbre,
La colonne d’azur qu’entortille le marbre
Font ouvrir dans ma nuit des portes de secours.

Un pauvre oiseau qui tombe et le goût de la cendre,
Le souvenir d’un œil endormi sur le mur,
Et ce poing douloureux qui menace l’azur
Font au creux de ma main ton visage descendre.

Ce visage plus dur et plus léger qu’un masque,
Et plus lourd à ma main qu’aux doigts du réceleur
Le joyau qu’il convoite; il est noyé de pleurs.
Il est sombre et féroce, un bouquet vert le casque.

Ton visage est sévère: il est d’un pâtre grec.
Il reste frémissant aux creux de mes mains closes.
Ta bouche est d’une morte et tes yeux sont des roses,
Et ton nez d’un archange est peut-être le bec.

Le gel étincelant de ta pudeur méchante
Qui poudrait tes cheveux de clairs astres d’acier,
Qui couronnait ton front des pines du rosier
Quel haut-mal l’a fondu si ton visage chante?

Dis-moi quel malheur fou fait éclater ton œil
D’un désespoir si haut que la douleur farouche,
Affolée, en personne, orne ta ronde bouche
Malgré tes pleurs glacés, d’un sourire de deuil?

(…)

« L’Empereur Frédéric II » par Ernst Kantorowicz

Extrait :

… « La nouvelle de l’apparition miraculeuse de Hohenstaufen se répandit avec une surprenante rapidité. Le succès de Frédéric était indubitablement un signe et un miracle divins. Le nombre de ses partisans s’accroissait d’heure en heure. En quelques jours, tous les princes et les nobles du Rhin supérieur se rallièrent à son parti avec une très grande joie, les châteaux, les bourgs et les villes s’illuminèrent comme pour les grandes fêtes. Lorsque, une semaine plus tard, Frédéric entra dans Bâle, ce fut cette fois avec une escorte royale : les évêques de Coire et de Constance, les abbés de Reichenau et de Saint-Gall, les comtes Ulrich von Kibourg et Rodolphe de Habsbourg se joignirent avec beaucoup d’autres à sa suite, au départ si modeste, et, à Bâle même, l’évêque de Strasbourg se rallia à lui avec cinq cents hommes d’armes à cheval. De leur côté, les ambassadeurs du roi de Bohême sllicitèrent du jeune empereur de dix-sept ans la confirmation écrire des droits de leur maître à sa couronne. En la personne de ce souverain heureux et victorieux il ne subsistait maintenant plus rie de l’impuissance et de la détresse de l’enfant poursuivi par le Welf. En l’espace d’une nuit, ce prince dont la maturité était d’ailleurs précoce avait acquis, non pas en rêve comme les autres héros mais bien dans la réalité qui n’en tenait pas moins du rêve, l’assurance d’un jeune prétendant, même si du fait de sa jeunesse, il donnait encore tout à fait l’impression d’être « l’enfant », « l’enfant d’Apulie ». …

 

Artemisia

Ouvrage de la Collection « Mot pour mot ». Editions Yvon Lambert

“Lecture” du célèbre tableau d’Artemisia Gentileschi (1593-1633) Judith et Holopherne par des artistes et intellectuels contemporains.
Textes et propositions artistiques de : Roland Barthes, Daniel Buren, Sarah Charlesworth, Douglas Huebler, Jannis Kounellis, Joseph Kosuth, Joan La Barbara, Lea Lublin, Duane Michals, Giulio Paolini, Eve Sonneman, Cy Twombly, Michelle Zaza.
Textes en français, italien et anglais.

Extrait du texte : « Deux femmes » par Roland Barthes

… « Si j’ai fait allusion à ces différentes histoires, c’est que la peinture, contrairement aux figurations écrites, ne peut directement prendre parti sus le sens de l’épisode. L’histoire ne peut être vraiment transformée, parce que la peinture (sauf le cas exceptionnel de séquences, comme celles de la Profanation de l’Hostie ou de Sainte Ursule) ne peut représenter qu’un moment de l’anecdote. L’avant et l’après de ce moment n’étant pas figuré, le sens reste suspendu entre plusieurs possibles : on peut interpréter le moment à l’infini, mais aussi ne pas l’interpréter du tout : il est contradictoirement littéral et polysémique. Ce moment peint, je l’ai appelé ailleurs un « numen », car il est comme le geste silencieux d’un dieu qui donne existence à un destin par une simple inflexion de sa volonté, sans même commenter ou expliciter  ce destin» …

 

Quasi-Cristaux de Jacques Roubaud

Cet ouvrage contient une partie des recherches de Jacques Roubaud sur la forme poétique sonnet, commencées le 5 décembre 1961 et achevées le 5 décembre 2011. Editions Yvon Lambert et Martine Aboucaya.

Extrait :

Stéphane Crémer

Tombeau d’Arnold Schoenberg

Que des raretés taisent une partition
[au fil tendu d’accords impossibles] tandis
[qu’à l’improviste il faudrait un dernier] oubli
[qui capte l’origine inaudible des] sons,

[si injuste l’harmonie soit-elle au] fond
[de la chair d’où elle résonne — encore que,] d’y
[distiller l’alambic même qui] l’abolit
[sans égarer l’obscur désir qui lui] répond,

[du morceau on extraie la] totalité
[pour achever ce qui n’a jamais] commencé — :
[où vivre désormais sans ces temps d’une] vie,

[hors cela même où se transfigurent les] hommes
[auxquels rien d’autre n’est plus donné] d’accompli
[que la chimérique série qui les] somme ?

 

Living de Jenny Holzer

Livre d’artiste comprenant l’ensemble des textes de la série Living, imprimés sur papier calque. Editions Yvon Lambert.

Extrait :

« YOUR BODY REFUSES TO OBEY

WHEN YOU’RE VERY SICK.

THE WORST IS WHEN YOU’RE ALERT

BUT INCAPABLE OF WILLING

YOURSELF ERECT».

Donald Judd  Catalogue du MoMa

Publié pour accompagner la première exposition rétrospective américaine de la sculpture de Donald Judd en plus de trente ans.  Ce catalogue richement illustré examine de près les réalisations de Judd et, à l’aide de documents d’archives nouvellement disponibles à la Fondation Judd et ailleurs, élargit les perspectives savantes sur son travail.

 

Homes et studios Cy Twombly par Nicola del Roscio.

Pendant de nombreuses années, Cy Twombly a vécu une vie isolée. Et pourtant, en plus de photographier lui-même ses environnements, il a permis à quelques photographes de documenter ses demeures, fusionnant mobilier et sculpture à un mélange indissociable d’art et de vie quotidienne. Ce volume présente les meilleures photos de ses studios et maisons à New York, Rome, Bassano, Gaeta et Lexington.

 

« Un printemps inattendu » Etel Adnan (livre d’entretiens)

Résumé entretien avec Magda Cirillo 2018
« La langue ce n’est pas que des mots »

Etel Adnan : Home, cela désigne aussi la mémoire des parents, le lieu. La mémoire de nos parents nous est transmise. Pas seulement eux, leur vie quotidienne, mais leurs mémoire aussi. Je suis née en 1925 et à partir des années 30 on ne parlait que de la Corniche et de Smyrne. Pour ma mère, Smyrne était le point de référence. Les poissons y étaient meilleurs parce que c’était le golfe et que la municipalité turque obligeait les marchands, les maraîchers à jeter toute la marchandise invendue à la mer le soir, parce qu’il n’y avait pas de frigos à l’époque… En été surtout, pour que les choses ne pourrissent pas, pour éviter le choléra, pour qu’il n’y ait pas d’épidémie on jetait tout à la mer. Et ma mère disait que ca attirait les poissons, qui étaient donc extraordinaires. Les raisins n’en parlons pas ! Raisins secs, figues sèches, rien n’était aussi bon ailleurs. Tout était meilleur à Smyrne »…

Editeur Galerie Lelong & Co.

 

Lawrence Weiner « 10 WORKS »

Seconde édition en fac similé du livre d’artiste de Lawrence Weiner publié par Yvon Lambert

en 1971. Edition bilingue français anglais.

« dessous et dessus
dessus et dessous
et dessous et dessus
et dessus et dessous
en bas et dehors
dehors et en bas
et en bas et dehors
et dehors et en bas
en arrière et en avant
en avant et en arrière
et en arrière et en avant
en avant et en arrière
dedans et dehors
dehors et dedans
et dedans et dehors
et dehors et dedans
dessus et dessus ou encore et encore
et dessus et dessus ou et encore et encore autour et alentour
alentour et autour
et autour et alentour
et alentour et autour
monté et tombé
tombé et monté
et monté et tombé
et tombé et monté
à travers et à travers
et à travers et à travers
dessus et dehors
dehors et dessus
et dessus et dehors
et dehors et dessus
ouvert et fermé
fermé et ouvert
et ouvert et fermé
et fermé et ouvert »

Pin It on Pinterest

Share This